10 août 2024
Trop tard. Ou trop tôt
Changer les touches d’un ordinateur n’améliorera pas, et changera encore moins, le système d’exploitation. De même que le pianiste le plus virtuose du monde, mis aux touches d’un piano désaccordé, ne parviendra ni à interpréter une partition de manière cohérente et harmonieuse, ni à accorder le piano « à la course des touches ».
Voilà pourquoi j’ai été et resterai convaincu que la solution pour réformer un système dysfonctionnel, pour le rectifier et l’améliorer, est la « réécriture » du système lui-même, et non le simple changement de ses « opérateurs ».
Le simple changement des « opérateurs » de ce système perverti, infecté, devenu inopérant et même nocif, ne peut mener à la rectification du système, mais, le plus probablement, à la perversion et à l’« infection » des opérateurs, même lorsque ceux-ci sont, ab initio, de bonne foi.
Sans « réécriture du système d’exploitation », ou du moins sans l’établissement d’objectifs clairs, cohérents et inscrits dans une vision synthétique visant une réforme profonde de l’État, tout « changement » n’est rien d’autre que ce que le Poète a impeccablement résumé dans ces vers : « D’autres masques, la même pièce, / D’autres bouches, la même gamme, »…
C’est la raison pour laquelle j’ai personnellement cru qu’une remise à zéro et une « mise à niveau » du « système » devaient se faire de l’extérieur du système, directement par les bénéficiaires du « système » — par les citoyens directement ! et dans leur seul intérêt. Et comme le « système » infecté et inopérant, le « piano désaccordé » dont je vous parle, est l’État roumain lui-même, j’ai cru que celui qui doit réinitialiser le système, accorder le piano par soi et pour soi, est le citoyen roumain lui-même, ce « simple citoyen » de la rue.
En tant que « simple citoyen », à vos côtés, « simples citoyens », j’ai essayé de le faire il y a trois ans avec #LaLoiDeSouveraineté (le moment de naissance du concept de « souverainisme » en Roumanie), il y a deux ans avec #LaLoiDeSolidarité et cette année, après deux ans et demi d’amples discussions et consultations publiques, aux côtés de certains des plus grands spécialistes du droit de notre temps, j’ai proposé #LaConstitutionDeLaSouveraineté.
Depuis plus d’un mois je vous parle de cette dernière et je vous ai expliqué aussi succinctement que j’ai pu comment les modifications proposées mènent au renforcement et à la garantie des droits du citoyen roumain, à la limitation du pouvoir et de l’influence des services de renseignement sur la société, à l’accroissement du pouvoir du Parlement et à la diminution de celui du Président, au renforcement de la démocratie et à la garantie de l’indépendance de la justice, à la défense de la souveraineté et à l’accroissement de la richesse nationale.
Et je vous ai invités à en devenir les volontaires.
Bien entendu, j’ai compris que le Système en fonction, perverti et infecté comme il l’est, et ses opérateurs, pervertis et infectés à leur tour, réagiraient et rejetteraient comme un corps étranger toute proposition de changement, toute tentative d’accorder un piano trop usé pour sonner encore harmonieusement. Ce qui est advenu. #LaLoiDeSouveraineté a été brutalement rejetée au Parlement en 2022 par #LaCoalitionDeLaTrahison, et cette année le Conseil législatif a montré son vrai visage et s’est couvert de ridicule par l’avis rendu sur #LaConstitutionDeLaSouveraineté. Mais à tout cela je m’attendais.
Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’était de ne recevoir aucun soutien, pas même un signe, d’aucun des grands dirigeants qui prêchent le souverainisme, dirigeants éclairés au demeurant, dont je ne suis même pas digne de prononcer les noms. Car oui, je suis allé et, humblement, j’ai demandé leur soutien et j’ai offert sans condition l’ensemble du projet de révision de la Constitution à chacun d’eux, ne sollicitant rien, absolument rien d’ordre personnel en échange (et tout cela, je pourrais le prouver, si cela avait un sens, par toute la correspondance qui leur a été envoyée, correspondance restée sans réponse).
Dans ces conditions, moins de 1 000 citoyens s’étant offerts comme volontaires à ce jour, et ceux-ci, dans le temps qui reste, avec toute la bonne volonté et tous les efforts qu’ils pourraient faire, n’étant pas en mesure, sans les structures de grands partis, de réunir au moins 500 000 signatures en soutien du projet #LaConstitutionDeLaSouveraineté, il ne me reste qu’à remercier tous ceux d’entre vous qui ont encore su espérer et voulu croire que nous pouvons changer ce pays en mieux.
Je vous remercie tout particulièrement, vous vous reconnaissez (et si vous me le permettez un jour, je vous nommerai chacun dans un billet à venir), vous qui avez travaillé ces deux dernières années et demie pour donner une forme juridique à un rêve, à un projet de pays idéal. Mais aussi vous, qui vous êtes offerts comme volontaires et avez assumé un travail immense, ainsi que ceux qui ont déjà signé les formulaires de soutien au projet de révision de la Constitution.
Nous savons tous, nous avons été et nous sommes convaincus, que ce que nous avons fait est la seule voie pour sauver encore ce peuple, ce pays. Les mots peuvent paraître grands, mais ils ne le sont pas. L’avenir le confirmera, et le fait que nos projets demeurent comme un témoin à travers le temps dans les Journaux officiels où ils ont été publiés le démontrera : toute œuvre de restauration de l’État roumain suivra sans nul doute cette voie et, peut-être, qui sait ?, emploiera même les mêmes mots pour revêtir les seules idées et les seuls principes qui puissent nous assurer continuité, prospérité et dignité en tant que nation.
Mais pour nous, très probablement, cela ne comptera plus.
Ce qui compte, en revanche, c’est que, en toute bonne foi et absolument désintéressés, nous avons fait ensemble ce que nous avons cru : nous avons travaillé ensemble pour le bien et pour la vérité. Et pour cela, maintenant, à la fin de notre œuvre, je vous remercie encore une fois !
Pour le reste, pour faire ce qui restait à faire… il est trop tard. Ou trop tôt !
Seulement pour espérer et pour croire il n’est jamais ni trop tard ! ni trop tôt !
Ainsi Dieu nous aide !
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