27 juillet 2019
L’État de droit tue
Depuis quinze ans la Roumanie n’a eu qu’un seul projet de pays : l’Étatdedroit ! Nous n’avons rien fait d’autre et ne nous sommes rien proposé d’autre. Nous avons créé des monstres institutionnels aux budgets pharaoniques — voyez les Parquets et les Services secrets, dont le STS ; nous nous sommes prosternés devant l’idole nommée « indépendance de la justice » et nous avons créé une catégorie de demi-dieux intouchables — les magistrats — le tout dans le but déclaré de défendre « l’ordre de droit », de « lutter contre la corruption »…
Après les cauchemars successifs dont nous n’arrivons pas à nous réveiller, nous nous rendons enfin compte, même au niveau du peuple, que tout cela est un mensonge grotesque aux conséquences terrifiantes : le citoyen, plus que jamais, est laissé à la merci de fous ou de profiteurs véreux, sa vie vaut moins que jamais… parce que l’Étatdedroit est occupé par « l’anticorruption » — en fait un règlement de comptes, une mesquine lutte de pouvoir entre ceux qui sont au pouvoir depuis trente ans !
Iohannis nous l’a confirmé explicitement : hier, après que nous eûmes appris avec horreur que les représentants repus de l’Étatdedroit avaient attendu à la porte d’un tueur en série (sur l’ordre exprès d’un demi-dieu — un petit procureur de province jadis décoré par Codruța Kövesi), attendant que le monstre prenne encore une vie, détruise encore quelques destins, voilà que le soir, Klaus Werner Iohannis sort sur la promenade de la villa présidentielle de Neptun avec un communiqué où il nous parle de… corruption !
Klaus aurait eu raison si la corruption dont il parlait dans son communiqué avait été la corruption morale institutionnalisée dont le peuple roumain a été laissé la proie durant tout son mandat. Ce n’est pas la corruption institutionnelle qui est le problème de la Roumanie… mais la corruption institutionnalisée dont sont tombés proie l’âme et l’esprit des citoyens roumains ! Les Roumains ont été achetés avec des slogans imbéciles par lesquels on les a dressés les uns contre les autres, jetés dans les ténèbres de la haine de soi comme peuple ; ils ont accepté des explications simplistes de l’état du pays et du leur… Le pot-de-vin idéologique, la corruption morale par laquelle ce peuple s’est laissé acheter, était joliment emballé sous un bel emballage nommé « État de droit ». Peu ont voulu voir qu’au-delà de l’emballage et des verroteries servies par la propagande ne se trouvaient que les intérêts et les luttes des profiteurs de ces temps : Klaus Werner Iohannis et son Étatdedroit.
Maintenant, hébétés, nous essayons de nous réveiller du cauchemar induit depuis une décennie et demie : nous voyons que nos enfants sont vendus comme des bêtes à l’exportation. Et l’Étatdedroit non seulement l’accepte mais participe activement à ce commerce. Nous voyons que nos filles sont violées et massacrées. Tandis que l’Étatdedroit attend à la porte l’occasion de monter un dossier spectaculaire de plus. Voire une promotion, qui sait, pour le procureur qui a pris le criminel qu’il a secondé.
Le comble ! Les Roumains constatent que nos enfants meurent ou nous sont vendus pour trente deniers alors même que Dragnea est déjà en prison… et Mazăre aussi ! Et Nicușor Constantinescu… et combien d’autres comme eux. Et ils ne s’en portent pas mieux !
Les Roumains commencent à comprendre qu’on ne peut rien construire pendant qu’on se bat… pour les non-belligérants, tout combat n’apporte que des dommages et des victimes collatérales. Or, le citoyen roumain commence à comprendre que « la lutte contre la corruption » n’est pas son combat… c’est la guerre intestine des bandes qui se disputent le pouvoir, alimentée en moyens par les bénéficiaires finaux du désastre de ce pays : nos suzerains étrangers.
Le citoyen roumain réalise que l’Étatdedroit n’a jamais été conçu pour lui, pour défendre ses droits et ses intérêts, mais pour eux, pour les quelques-uns. En réalité, jamais le citoyen roumain, sa vie, ses espoirs et ses attentes légitimes n’ont été moins importants, n’ont moins compté qu’à l’Époque de l’Étatdedroit.
Oui ! L’Étatdedroit tue ! Et il ne tue pas seulement par grave négligence ou incompétence, il tue avec une intention directe, comme le monstre de Caracal : il tue l’avenir de ce pays !
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