30 octobre 2023
OTAN, RIP
OTAN, RIP !
Le revenant de l’OTAN demeure pourtant ici — à grands frais !
Les événements des dernières semaines et, en particulier, ceux du samedi 28.10.2023 constituent l’épicrise et le certificat de décès de « la plus grande alliance militaire de l’histoire du monde ».
Si les positions constantes d’Orbán ou les déclarations de Fico étaient les symptômes clairs d’une maladie en phase terminale du patient OTAN, les déclarations de samedi d’Erdoğan ont été la signature sur le certificat de décès du paravent par lequel, jusqu’à hier, les États-Unis exerçaient leur pouvoir hégémonique sur le monde.
Pour poser les prémisses, il nous faudra jeter de nouveau un œil au Traité de l’OTAN… ce qui nous conduit aussitôt aux conclusions suivantes :
1. L’obligation « tous pour un, un pour tous » prévue par l’art. 5 n’est pas une obligation des parties signataires mais une option !
2. Les décisions relatives à l’élargissement de l’OTAN se prennent « par accord unanime » (art. 10).
3. Il n’existe aucune disposition dans le Traité de l’OTAN qui rende possible l’exclusion d’un ou de plusieurs membres de l’Alliance.
Prenons-les l’une après l’autre…
Concrètement, l’art. 5 prévoit que « Les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, (GRANDE ATTENTION !!!)
si une telle attaque se produit, chacune d’elles, dans l’exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l’article 51 de la Charte des Nations unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d’accord avec les autres parties, telle action qu’elle jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l’Atlantique Nord. »
Je reviens et je souligne : « (…) si une telle attaque se produit, chacune d’elles, dans l’exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l’article 51 de la Charte des Nations unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d’accord avec les autres parties, telle action qu’elle jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée ».
Autrement dit, l’attaque d’un membre pourra amener une « assistance » « en prenant aussitôt », « individuellement et d’accord avec les autres parties », « telle action qu’elle jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée ».
L’assistance n’est pas obligatoire et n’est pas nécessairement militaire, fait confirmé par plusieurs spécialistes du domaine.
Mai’a K. Davis Cross, professeure de science politique et d’affaires internationales à la Northeastern University, a dit que si un événement déclencheur se produit, les membres de l’OTAN « se réunissent pour discuter s’ils conviennent que les actions sur le terrain justifient l’invocation de l’article 5 », et à ce moment « Il faut parvenir à un CONSENSUS en ce sens, il ne s’agit donc pas d’un vote formel. Le consensus peut signifier qu’aucun gouvernement ne s’oppose à l’invocation de l’article 5. » Ce qui rend possible que les membres de l’OTAN ne parviennent pas à un consensus sur une réponse militaire directe à une attaque russe. « Il n’y a aucune réponse automatique, en aucune circonstance », dit Michael O’Hanlon, chercheur principal à la Brookings Institution.
En second lieu, même si les membres de l’OTAN parviennent à un consensus et invoquent l’article 5, chaque membre peut décider individuellement de ce qu’il souhaiterait apporter, militairement ou autrement.
Le contenu de l’article 5 « est en fait une sorte d’autorisation donnée à l’alliance de décider comment agir, collectivement ou individuellement », dit Charles Kupchan, chercheur principal au Council on Foreign Relations et professeur à l’Université Georgetown.
(Citations reprises de Poynter.org — Traduction et adaptation B.T.I.)
De plus, il est écrit explicitement dans le traité que l’élargissement de l’OTAN doit se faire PAR ACCORD UNANIME.
Comme je le disais, l’exclusion d’un pays membre n’est en aucune manière prévue par le traité ; mais même en forçant une telle exclusion, LA DÉCISION D’EXCLURE DEVRAIT ELLE AUSSI ÊTRE PRISE « PAR ACCORD UNANIME » — ce qui, de nouveau, a peu de chances d’arriver, raison pour laquelle la Turquie (ou tout autre « élève indiscipliné ») restera membre *sine die* et bloquera de l’intérieur toute action…
Or, l’« ACCORD UNANIME » appartient depuis longtemps à l’histoire dans l’OTAN… ce qui fait que « la plus grande alliance du monde » devient elle-même de l’histoire. Une histoire inutile (l’art. 5 n’a été invoqué qu’une seule fois, et c’était le 11 septembre 2001…) et extrêmement coûteuse.
Sans doute, si jusqu’ici les positions de la Hongrie, de la Slovaquie ou même de la Pologne mettaient en question la possibilité de parvenir à un « ACCORD UNANIME », après les déclarations de samedi d’Erdoğan il devient évident que L’UNANIMITÉ EST DEVENUE ABSOLUMENT IMPOSSIBLE DANS L’OTAN !
Et cela signifie que l’OTAN, de facto, est morte samedi.
Son fantôme demeure pourtant — le REVENANT DE L’OTAN continuant d’impressionner seulement les enfants du tiers-monde et les demoiselles de la presse politiquement correcte.
Nous vivrons encore bien des années un Halloween militaro-géostratégique, un spectacle grotesque, inutile, sans finalité, mais en revanche extrêmement cher !
Que devrions-nous comprendre à partir d’aujourd’hui ?
Que nous sommes livrés à nous-mêmes, seuls responsables de notre sort !
Et que pour un pays petit ou moyen comme le nôtre, ce ne sont pas les armes qui parlent (pas même ces 32 F-35 qui viendront dans plus de 10 ans !), mais l’intelligence et la diplomatie.
C’est pourquoi, peut-être, nous les Roumains devrions comprendre aussi en clé diplomatico-géostratégique la parole du Seigneur qui nous exhortait :
« Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes » (Matthieu 10, 16)
C’est-à-dire pas l’inverse, pas comme nous le faisons aujourd’hui !
Dan MV Chitic
Retrouver la publication sur FacebookL’archive Facebook ne conserve pas d’adresses permanentes pour les publications, et cette note n’a pas de photographie à partir de laquelle une adresse pourrait être reconstituée. Le bouton ci-dessus ouvre directement une recherche par une phrase du texte, sur la page de l’auteur.

Commentaires
Dites votre mot. Les commentaires paraissent une fois approuvés.